Faites chauffer les cartes !

Faites chauffer les cartes !

Non, ce n’est pas un titre à l’humour incertain comme d’habitude, mais plutôt un conseil tout à fait sérieux. J’ai déjà abordé le sujet de l’échauffement et des exercices pour les doigts, mais je n’ai pas vraiment parlé de la préparation des cartes. Et non, ce n’est pas un vrai « article »,  il s’agit d’une simple recommandation, il n’y a pas tant que cela à dire sur le sujet !

Si vous pratiquez la manipulation de cartes, vous avez certainement déjà entendu parler de « cold deck« , littéralement un « jeu froid« , c’est un terme utilisé par les tricheurs pour désigner un jeu de cartes avec un ordre précis, qui va remplacer les cartes avec lesquelles la partie était jouée, à un moment crucial pour maximiser les profits du ou des tricheurs. Si l’expression utilise le mot « cold » (froid) c’est précisément parce qu’un jeu qui a été manipulé durant plusieurs minutes est « chaud », c’est d’ailleurs un moyen de remarquer qu’un remplacement de jeu a été effectué, si les cartes sont « froides » le jeu a été remplacé.

Les cartomagiciens pratiquant la production de cartes (faire apparaitre des quantités improbables de cartes de leurs mains) utilisent parfois une poudre semblable au talc pour préparer les cartes (fanning powder en magasin de magie), ce n’est pas vraiment utile pour la manipulation classique de cartes. Mais pour la magie ou la triche, les manipulateurs de cartes gagnent à préparer les cartes avant l’entrainement ou une présentation. Certains mouvements de pliure ou cornage (bend/crimp) de cartes sont beaucoup plus facilement enlevable avec un jeu « chaud » qu’avec un jeu tout juste sorti de l’étui. De même, les empalmages classiques et l’empalmage du tricheur avec courbure (bend cop) transfèrent la courbure aux cartes empalmées. Avoir un jeu « chaud » vous permettra de faire disparaitre instantanément ce que vous avez fait subir aux cartes, alors qu’un jeu encore froid pourrait être définitivement endommagé par les mêmes mouvements.
On parle alors de « faire un jeu »  (broke into a deck) c’est-à-dire enchainer durant une ou deux minutes (parfois moins, suivant les circonstances) des mouvements qui font « travailler » l’élasticité des cartes, par exemple, accordéon (spring), étalement Lepaul (Lepaul Spread), éventail en pression (pressure fan) à l’endroit et à l’envers. Dans le cas où vous sortez un jeu neuf (scellé) ou celui où vous empruntez un paquet, évitez d’utiliser immédiatement des mouvements appliquant des pressions trop fortes sur les cartes. Prenez le jeu « en main » et faites quelques mouvements tout en parlant, vous permettant de « chauffer » et d’évaluer l’état du jeu dans le cas d’un emprunt. Un jeu particulièrement usé ne permet pas les mêmes mouvements qu’un jeu neuf, certains jeux sont plus glissants que d’autres, il est toujours préférable de savoir ce que vous avez en main avant de choisir une routine à présenter !

Choisissez une carte !

Choisissez une carte !

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Forçage, une sélection non naturelle.

« Que la force soit avec toi »   Yoda.

En manipulation de cartes, un forçage est l’action de faire choisir une carte particulière (connue à l’avance par le magicien) tout en prétendant que la sélection est libre et parfaitement aléatoire. Comme pour la plupart des techniques « basiques » il y a beaucoup trop de manières de forcer une carte pour que cet article soit exhaustif, mais je vais, comme toujours, tenter de faire un panorama assez large des méthodes, plus ou moins complexes, mais sans rentrer dans les détails de la plus importante de toutes, le Forçage classique ou « Classic force » qui mérite un article entier rien que pour lui tellement il y a de choses à dire à son sujet. D’autre part, j’ai déjà parlé du forçage avec un glissement (glide), je ne reviendrai donc pas dessus ici. J’ignorerai aussi les forçages utilisant des cartes truquées (gimmick) même si certains sont très intéressants. D’autres, comme le forçage bluff (Bluff force) seront abordés dans un article dédié au mouvements de bluff (Bluff move), tout comme le forçage par substitution (ATFUS force) ; et comment utiliser l’ATFUS (ou l’Ajout Braue ) comme un forçage sera détaillé dans un prochain article centré sur ce mouvement indispensable de Marlo !

Choisissez une carte !

Choisissez une carte !

Dans la plupart des cas, le forçage nécessite une préparation succincte, au minimum de connaitre la carte du dessous ou du dessus du paquet, (qui peut être placée au centre avec une coupe, dans une position marquée par une brisure) ; le cas où l’on fait choisir une carte inconnue dont on prend discrètement connaissance ensuite (glimpse / peek) n’est pas un forçage à proprement parlé bien que le résultat soit identique.
Certains forçages ne sont pas infaillibles, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas les utiliser, au contraire. Il est grandement conseillé de toujours tenter de forcer une carte, même (et surtout) si cela n’est absolument pas nécessaire à l’effet que vous voulez présenter.  En cas de réussite vous pouvez avoir prévu, par exemple, une prédiction dans une enveloppe scellée pour un final exceptionnel. Il est aussi possible, après un forçage qui a échoué, d’utiliser la carte que vous vouliez forcer comme carte clef (key card) vous permettant ensuite de localiser la carte choisie. Comme toujours, il n’est pas indispensable de connaître toutes les techniques possibles pour forcer une carte, mais il est important d’en connaitre plusieurs pour varier les méthodes de sélection par le spectateur, et de choisir la méthode la plus adaptée à la situation et à la routine que vous souhaitez effectuer. Quel que soit le forçage que vous souhaitez utiliser, il est recommandé de toujours commencer par quelques faux mélanges partiels conservant la carte à forcer en position. Lire la suite

Les faux comptages de cartes : Emsley, Jordan, Rumba, Biddle, Gemini…. Le compte est bon ?

« Ce qui compte ne peut pas toujours être compté. » A. Einstein

Les faux comptages sont des manipulations plus ou moins techniques, indispensables et très pratiques. Ils permettent de compter X cartes comme si il y en avait Y, dissimulant une ou plusieurs cartes lors du compte. Ils sont utilisés dans la plupart des tours de petits paquets (routine réalisée avec moins d’une dizaine de cartes), mais il existe aussi des mouvements utilisables lorsque l’on distribue en comptant à partir d’un paquet complet en position de la donne. Puisqu’un faux comptage dissimule des cartes, il permet par exemple d’avoir une ou plusieurs cartes retournées dans un petit paquet et de compter les cartes sans montrer la (ou les) carte(s) face(s) visible(s) rendant ainsi possible, entre autres, des effets « magiques » de retournement automatique de cartes.

Terminologie : On désigne souvent les faux comptages par trois chiffres. Par exemple, un « compte 3-4-4 » (Jordan et Emsley entres autres) signifie que l’on montre trois cartes en comptant quatre alors que l’on a quatre cartes en main. L’ordre de la phrase en français semble étrange car j’ai repris la construction anglaise, mais c’était plus simple que de changer la dénomination numérique de chaque comptage, et cela sera consistant avec des sources anglaises que vous pourriez consulter sur le sujet.

Petit paquet tenu en main, prêt à être compter, faussement ou pas.

Position de comptage « classique » (Pinch grip)

Techniques et positions : Les comptages de petits paquets reposent sur deux techniques principales, pousser plusieurs cartes ensemble comme une seule (block push), et transférer (ou voler; « steal ») une carte d’une main à l’autre de manière dissimulée, la couverture du mouvement étant que l’on fait visiblement et en comptant le transfert inverse en même temps. Pour être capable de réaliser ces mouvements, la position de maintien des cartes lors d’un comptage est presque toujours la même, une main utilise le pouce au-dessus, les autres doigts en-dessous des cartes, tandis que l’autre main reçoit la plupart du temps les cartes dans une position « ouverte » proche de celle de la donne, en utilisant la pince du pouce (ou le pouce et l’index) pour saisir les cartes.  La position en photo ci-dessus, ou position de comptage permet de pousser un bloc de cartes (block push) en appuyant avec le pouce et en poussant toutes les cartes à l’exception de la dernière.  Le transfert secret (steal) est faisable dans d’autres positions, mais ce maintien permet de faire les deux mouvements simultanément ; les anglais nomment cela « put and take » littéralement « poser et prendre« .  Bien sur, certains comptages utilisent des positions différentes, par exemple le comptage biddle ou Biddle move qui utilise la position du même nom, ou position dite « de la coupe« . Comme pour la plupart des techniques, il est de loin préférable lors d’un faux comptage que seule une main bouge tandis que l’autre reste immobile.

Poussage de bloc (2 cartes) : Block push

Poussage de bloc (2 cartes) : Block push

De même que pour de nombreuses autres techniques, il existe énormément de faux comptages et il serait illusoire de tenter d’être exhaustif. Je vais cependant faire un panorama assez large, même si je n’utilise pas régulièrement la moitié des comptages listés ici. Les comptages Emsley, Jordan, Biddle et leurs variantes sont les plus courants, de nombreuses routines les utilisent ; il est donc fortement conseillé de concentrer prioritairement son entrainement sur ceux-ci, les autres sont plus rares, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont moins bons, simplement moins connus. Quoi que vous vouliez compter, il existe un mouvement pour, sinon une variante d’un autre mouvement vous le permettra. Enfin, pour finir cette longue introduction, je voudrais rappeler que pour tous les faux comptages, l’aspect le plus important est le rythme, l’entrainement en musique est vivement recommandé pour acquérir plus facilement un bon rythme et une bonne fluidité de comptage.  Lire la suite