Faire semblant de… Les faux mélanges partie 1 (sur table); Zarrow, Shank et les autres…

« La réalité est simplement une illusion, quoique très persistante » A. Einstein

Cet article est le premier d’une série sur les faux mélanges et les fausses coupes, c’est aussi un prolongement des articles sur les faux comptages et de ceux sur les coupes et les mélanges, j’aborderai ici des aspects techniques des faux mélanges et fausses coupes, ainsi que l’aspect psychologique, bien trop souvent sous-estimé.
En magie, et donc en cartomagie, nous faisons très souvent semblant de faire quelque chose, on simule l’action de prendre une pièce en main tout en la laissant dans la main d’origine, on simule l’action de produire un objet imposant d’un objet plus petit, ou encore on fait comme si l’on mélangeait des cartes tout en les conservant dans un autre strictement identique …  Je vais me répéter en insistant sur le fait que pour faire de manière convaincante une « fausse action » il faut savoir faire correctement l’action que l’on simule.  Pour être crédible, un comédien apprend et pratique les disciplines que son personnage est sensé maîtriser, et il ne faut pas oublier qu’un magicien est avant tout un comédien.

préparations aux mélanges sur tables, pré-coupe. (Zarrow / à dégagement)

Préparations aux mélanges sur table, type Zarrow  et/ou à dégagement  : position de coupe initiale

Pour qu’un effet magique fonctionne, il faut que les spectateurs croient aux prémices, à la situation de départ. Si l’on prétend faire choisir une carte au hasard, il faut que le paquet soit mélangé. Comme dit Darwin Ortiz dans Strong Magic : « The more they believe it’s an apple, the more they will be astonished when you change it into an orange ».
La situation de départ est la première image que vous devez faire mémoriser à votre spectateur, le fait qu’un paquet paraisse mélangé est crucial, par conséquent, maîtriser parfaitement des faux mélanges et des fausses coupes est indispensable pour maximiser l’effet magique d’une routine, et ainsi obtenir une réaction optimum de votre public. C’est, après tout, ce que chaque magicien recherche !

Pour faire illusion, un faux mélange doit être semblable à un vrai, si vous utilisez principalement un mélange à la queue d’aronde en main, vous devez maîtriser un faux mélange à la queue d’aronde en main, si vous avez une préférence pour le mélange à la française, maîtrisez-le parfaitement de manière à le rendre totalement faux à l’envie. Ceci est aussi valable pour les fausses coupes ; si vous utilisez des coupes « fioritures », apprenez ou créez des variantes « fausses ». Il est bien évidemment impossible de tout apprendre rapidement, et certains faux mélanges requièrent beaucoup de pratique pour être convaincants. Il est donc plus judicieux pour le débutant de mettre de côté les mélanges et coupes dont les variantes « fausses » sont complexes, et de se concentrer sur les mouvements les plus simples. Le meilleur faux mélange est celui que vous pouvez effectuer parfaitement, sans hésitation, de manière convaincante.

Mélange à la queue d'aronde ouvert

Mélange à la queue d’aronde ouvert

Si on s’intéresse au sujet des fausses coupes ou des faux mélanges, on est vite submergé par le nombre de variantes et d’appellations différentes existantes autour d’un même principe. Quand seulement quelques détails de la prise en main sont modifiés, un mélange ne mérite pas un renommage de mon point de vue, mais l’ego et les objectifs commerciaux des « créateurs » (avec de gros guillemets) nous ont donné une liste honteusement longue de faux mélanges plus ou moins pratiques. Je vais tenter de les classer par « familles », suivant les méthodes générales sur lesquelles ils reposent et les conditions pour les pratiquer.

Exemple : Le mélange Charlier (Charlier Shuffle), est un faux mélange Haymow (haymow shuffle) aussi nommé mélange aux pouces (Thumb Shuffle) ou mélange paysan (Robert-Houdin) ou Mélange Monge (Monge shuffle)  En ajoutant un retournement des mains à chaque action, on l’appelle le mélange avec quatre autres noms et certainement trois autres si on le pratique en clignant répétitivement de l’œil droit… Et il s’agit du mélange le plus simple existant.

Pour commencer cette série, intéressons-nous à la catégorie des faux mélanges sur table, c’est-à-dire tous les mélanges pour lesquels la table est indispensable, comme le mélange Zarrow (ou Z shuffle de Herb Zarrow) et ses « variations » (à utiliser avec des pincettes) comme le mélange Shank (Shank Shuffle) mais aussi les mélanges à dégagements (Pull-through strip out shuffle ou push, au choix) et leurs variantes, le mélange triomphe (Triumph Shuffle de Dai Vernon), Aronson strip out (de Simon Aronson), le mélange Artanis (Artanis False shuffle de Frank Garcia)…etc. Je ne détaillerai pas chaque variante, il en existe beaucoup trop !

Il y a plusieurs approches possibles pour ce type de mélange : soit on entrelace réellement les cartes, puis on sépare les deux blocs (strip out – mélange à dégagement), soit on entrelace uniquement les coins, puis on les sépare immédiatement et on pousse les cartes d’un bloc sous quelques cartes de l’autre bloc (entre autres la méthode de Herb Zarrow).  Ensuite il y a différentes méthodes pour effectuer la séparation (strip out), il est possible de faire « traverser » un bloc par l’autre (Push through) ou alors de laisser un bloc décalé par rapport à l’autre et de décaler juste la carte supérieure pour le dissimuler. Dans la plupart des variantes, une coupe est nécessaire pour obtenir un paquet exactement dans l’ordre d’origine, ou parfois une séquence de deux mélanges.

Mélange Zarrow : position d'entre-laçage

Mélange Zarrow : position d’entre-laçage exposée

La légende dit que le mélange Zarrow (ou Z shuffle) est l’un des rares mouvements de magie qui a ensuite été utilisée par les tricheurs (c’est usuellement l’inverse qui se produit), nombreux sont ceux qui ont dit du bien de ce mélange parmi les magiciens les plus respectés, et avec raison car bien effectué, il est extrêmement efficace. Malheureusement, c’est aussi l’un des mélanges le plus souvent mal effectué et/ou expliqué sur internet. (Le channel YT de Jean Jacques Sanvert est parfait pour voir à quoi ressemble un bon mélange Zarrow , je suis encore très loin de ce niveau !)

Mélange Zarrow : préparation de la coupe centrale, vue du manipulateur

Mélange Zarrow : préparation de la coupe centrale, vue du manipulateur

Il est difficile de retracer l’histoire exacte du mélange Zarrow(1), Herb Zarrow explique qu’il l’a conçu dans l’optique de supprimer la coupe finale présente dans d’autres variantes de faux mélange sur table, et faire un mélange qui ne nécessitait pas de « couverture » des mains. La première version du mélange a été publiée en 1957 dans le magazine The New Phoenix 346, elle est  différente du mélange Zarrow actuel. Frank Shank et Herb Zarrow ont été présentés l’un à l’autre en 1956 par Ed Marlo à Chicago et ont comparé leurs mélanges respectifs, Marlo insiste sur le fait que celui de Shank est antérieur, mais c’est sans réel intérêt ici(1), comme je l’expliquais en introduction, la volonté de s’approprier un « mouvement » en magie m’exaspère. Les méthodes sont souvent élaborées simultanément et séparément, puis comparées, améliorées, en magie comme dans d’autres domaines… La version originale de Herb Zarrow  est parfois nommée « one shuffle Zarrow » ou mélange Zarrow direct (Giobbi) car la méthode n’est pas une succession de mélanges, mais simplement un seul faux mélange à la queue d’aronde.

(1) Herb Zarrow fut le premier à pratiquer un mélange à la queue d’aronde ou le dé-entrelaçage se fait sous la couverture d’autres cartes. Certains prétendent que l’utilisation de cartes pour couvrir l’action est une idée présente dans  Greater Magic (The Inverted V shuffle) mais je ne suis pas d’accord. Je fais la distinction entre une carte utilisée comme couverture simplement « étalée » à partir du dessus du paquet (comme dans Greater Magic ) et une carte de couverture qui provient du bloc de cartes opposé de celui qui est couvert. Une rapide comparaison du « Inverted V shuffle » de Greater Magic et du mélange d’Erdnase (p. 162 – 163) montre que la version d’Erdnase inclut tout ce qui est mentionné dans Greater Magic ( et cela 40 ans plus tôt). (extrait d’une intervention de Jason England sur le forum Magic Cafe)

Mélange Zarrow : position en V du mélange.

Mélange Zarrow : position en V du mélange.

Méthode : Comme pour un mélange à la queue d’aronde standard, le paquet est positionné avec la tranche longue face au manipulateur, les deux mains positionnées aux extrémités courtes, à droite et à gauche, les pouces sur les tranches longues intérieures. Le « mélange Zarrow direct » (one shuffle Zarrow) commence par un effeuillage de bas en haut de la tranche longue intérieure avec les deux pouces. Le pouce droit s’arrête quelques cartes avant la moitié du paquet tandis que le pouce gauche s’arrête quelques cartes avant la fin du paquet (le dessus) permettant de faire une coupe d’un bloc de cartes provenant du centre du paquet (vers la droite) avec la main droite. Le pouce de la main gauche maintient une brisure entre les deux blocs restant en main gauche. Le paquet coupé vers la droite est positionné avec un angle (en V) pour permettre d’effectuer l’entre-laçage sur les coins intérieurs, en commençant à effeuiller les cartes (une dizaine) à partir de la main gauche pour former un « lit » (bed) avant de relâcher des cartes de la main droite. On relâche en dernier le bloc supérieur de cartes provenant de la main gauche (celle au-dessus de la brisure). Le lit de carte en-dessous du paquet permet de saisir plus facilement le paquet lors de la phase de télescopage, surtout si l’on travaille sur une surface dure.

Mélange Zarrow : dé-entre-laçage par la rotation des deux mains

Mélange Zarrow : dé-entrelacement par la rotation des deux mains

En tournant légèrement et simultanément le paquet en main gauche dans le sens horaire et le paquet en main droite dans le sens antihoraire (on aligne les deux paquets), on sépare les deux blocs immédiatement et on les pousse (télescopage) l’un dans l’autre (Herb Zarrow insiste sur le fait que les deux mains bougent ensemble) le paquet de droite retrouve sa position d’origine, c’est-à-dire sous la brisure maintenue en main gauche. Simuler une légère résistance quand on pousse les deux paquets l’un dans l’autre rend la simulation du mélange plus convaincante.

Le reproche qu’on fait le plus souvent à ce mélange est que la coupe initiale provient du centre du paquet, ce qui n’est pas « normal ». J’aurais envie de répondre que si l’attention n’est pas fixée sur vos mains à ce moment précis(2), cela ne doit pas poser de problèmes, mais pour les tricheurs cela ne suffisait pas, Herb Zarrow a donc décrit plusieurs versions qui ne débutent pas par une coupe du centre.

Mélange Zarrow : télescopage des paquets (vue du manipulateur)

Mélange Zarrow : télescopage des paquets (vue du manipulateur)

Méthode 1: Le « double shuffle zarrow » est une variante simple pour éviter de commencer par une coupe d’un bloc venant du centre du paquet. On commence par couper la partie supérieure du paquet vers la gauche puis on fait un mélange Zarrow classique sous le nombre de carte qu’on souhaite (3 par l’exemple) (2)et en prenant garde de bien conserver une brisure entre le paquet de droite et le dessous du paquet de droite quand on égalise le paquet après le mélange. On enchaîne immédiatement un deuxième mélange en coupant à nouveau la partie supérieure (au-dessus de la brisure) vers la gauche qu’on mélange sous 3 cartes (comme le premier mélange). L’ordre du paquet est ainsi conservé. Le maintien de la brisure lors de l’égalisation du premier mélange de la séquence est sans doute la partie la plus complexe du mélange, mais avec de la pratique ce n’est pas si difficile.
On peut reprocher à ce mélange que la carte supérieure du paquet d’origine ne change pas, pour remédier à cela, il suffit de lire la méthode suivante !

Méthode 2: Le  « double zarrow & cut sequence » est une variante évitant que la carte supérieure du paquet lors de la séquence de deux mélanges reste toujours la même. C’est le plus complexe, mais aussi le plus convaincant. Le principe est le même que pour le mélange précédent, la différence est que l’on coupe la partie supérieure du paquet vers la droite pour le premier mélange, et vers la gauche pour le second. On doit aussi conserver la brisure entre les deux paquets après les deux mélanges de manière à pouvoir faire une coupe finale pour remettre le paquet dans l’ordre.  La première coupe (bloc supérieur vers la droite) permet de changer la première carte du paquet lors du premier mélange (elle est sous le nombre de carte « choisis » pour le mélange).

(2): Il est possible de faire un mélange Zarrow sous une seule carte plutôt qu’un bloc ou un nombre connu de cartes, c’est plus simple, mais aussi moins « convaincant », une carte seule a tendance à se plier plus facilement, ou bouger, révélant le faux mélange.  Giobbi dans « le cours de cartomagie » (Tome 2 p158) mentionne une subtilité de J. Tamariz  qui peut être adapté à votre boniment, tout en expliquant que vous allez faire un mélange comme « dans un casino, en séparant le jeu en deux paquets égaux » la main droite coupe visiblement plus que la moitié des cartes et les place sur la droite. Vous faite semblant de remarquer qu’il y en a trop, et vous prenez un bloc de cartes du paquet droit pour le remettre sur le paquet gauche, tout en gardant une brisure avec le pouce gauche entre les deux paquets, avec une petite remarque du genre « voilà, c’est mieux comme ça ». Vous êtes ainsi dans la position parfaite pour faire un mélange Zarrow, sans avoir eu à couper un bloc provenant du centre du paquet. J. Tamariz a aussi fait des remarques intéressantes sur le regard du magicien pendant les différentes phases du mélange; avant, regardez le public, pendant l’effeuillage initial (celui pour prendre le bloc central) regardez les cartes, pendant la séparation, regardez le public,  regardez à nouveau les cartes pendant l’entrelaçage, puis le public pendant la séparation et le télescopage des paquets, enfin revenez sur les cartes pour l’égalisation finale. Cette règle est applicable à toute sorte de mouvements ; regardez vos mains ou le jeu de cartes quand vous faites des mouvements « honnêtes » dont vous voulez laisser un souvenir au spectateur (« je mélange le paquet ») et regardez le public quand vos mains sont occupées à une manœuvre « secrète ».

D’autres magiciens ont continué à travailler sur le mélange Zarrow et ont proposé d’autres variations, certaines commencent par une séquence de coupes (du type « up the ladder ») qui permettent d’arriver dans la position idéale pour faire un mélange Zarrow unique (pas de double mélange) sans coupe centrale, ni coupe-glissée, perfectionnant encore la technique.

Mélange Shank :  il est plus facile de le faire de manière chaotique !

Mélange Shank : il est plus facile de le faire de manière chaotique !

Shank Suffle (de F. Shank, je me base sur la description de Ed Marlo) : La principale différence entre un mélange Zarrow et un mélange Shank est que la coupe initiale n’est pas un bloc provenant du centre du paquet et donc que la « couverture » utilisée pour le dé-entrelaçage n’est pas un bloc de cartes provenant du paquet en main gauche, mais des cartes étalées du dessus du paquet en main droite. D’un point de vue esthétique, le mélange Shank est légèrement plus chaotique en apparence puisque les cartes du dessus du bloc tenu en main droite sont étalées. Il est légèrement plus simple de mon point de vue de faire un mélange Shank convaincant, mais le style ne correspond pas forcément à tout le monde. (il est possible de l’effectuer de manière aussi nette que possible, mais on perd alors beaucoup de « couverture »)

Mélange Shank : comme pour le Zarrow, la position d'entrelaçage en V est utilisé, et la rotation des deux paquets permet de faire la séparation

Mélange Shank : comme pour le Zarrow, la position d’entre-laçage en V est utilisée, et la rotation des deux paquets permet de faire la séparation

Méthode : Comme pour un mélange à la queue d’aronde standard, le paquet est positionné avec la tranche longue face au manipulateur, les deux mains positionnées aux extrémités courtes, à droite et à gauche. La main droite coupe la moitié supérieure du paquet vers la droite et positionne les paquets en V, la main gauche commence à effeuiller les cartes (une dizaine) avant de relâcher des cartes de la main droite pour réaliser l’entre-laçage des coins intérieurs, en terminant par une dizaine de cartes de la main droite (idéalement elles tombent « naturellement » de manière à couvrir la zone de contact entre les paquets). En tournant légèrement le paquet en main gauche dans le sens horaire et le paquet en main droite dans le sens antihoraire (on aligne les deux paquets) on sépare les deux blocs immédiatement et on simule l’action de les pousser l’un dans l’autre (en réalité le bloc supérieur, celui en main droite, retourne simplement sur le dessus du paquet en main gauche). Dans la description de Marlo, l’action de rassembler les deux paquets est faite avec une position de « coupole » des mains  adaptée à l’aspect chaotique du mélange.

Mélange Shank : vue de profil, le paquet droit retrouve simplement sa place au dessus.

Mélange Shank : vu de profil, le paquet droit retrouve simplement sa place au dessus.

Que ce soit pour un mélange Shank ou un Zarrow,  l’assemblage final des paquets peut sembler visible, un bon rythme global des actions est indispensable, mais il est aussi possible d’utiliser d’autres subterfuges pour « couvrir » l’action. Par exemple incliner les deux paquets vers l’avant et déplacer l’ensemble vers soi pendant le mouvement (un grand mouvement dissimulant un mouvement plus petit). Ce n’est pas indispensable, mais cela peut vous donner confiance dans certaines situations.

Comme expliqué en début d’article, la deuxième catégorie de techniques de faux mélange à la queue d’aronde est la catégorie des Mélanges à dégagement (pull through / strip out false shuffle). Dans ce cas, on entrelace réellement les cartes en conservant un décalage (step) entre les deux « blocs » entrelacés puis on les sépare d’une manière ou d’une autre. Ce type de mélange est plus complexe à effectuer, mais vous serez bien récompensé du temps que vous passerez dessus à l’entrainement !

Mélange à dégagement : dé-entre-laçage des cartes

Mélange à dégagement : dé-entrelaçage des cartes

Méthode : La première partie est un mélange à la queue d’aronde standard, à la différence que l’on coupe souvent un bloc du dessus du paquet légèrement inférieur à la moitié vers la gauche pour simplifier la suite de la procédure. Toujours pour rendre le mélange (le dégagement pour être exact) plus facile, la main droite commence à effeuiller les cartes (une dizaine) avant d’entrelacer normalement le reste des cartes, en finissant par quelques-unes de la main droite (3) de manière à obtenir au-dessus et au-dessous un « lit » de cartes provenant du paquet droit (le plus gros des deux). On utilise ensuite les annulaires droit et gauche pour télescoper les blocs de cartes l’un dans l’autre, positionnés dans les coins extérieurs des tranches courtes des paquets. Les blocs sont donc poussés en créant un léger angle jusqu’à ce que la main droite puisse saisir entre l’annulaire et le pouce uniquement les cartes provenant du bloc gauche (et la main gauche les cartes provenant du bloc droit). La main gauche maintient en place le bloc venant de la droite tandis que la main droite dégage (strip out) le bloc provenant de la gauche et le « coupe » sur le dessus du paquet.

Mélange à dégagement : Les deux coins marqué en rouge sont poussé jusqu'à ce qu'ils puissent être saisi par la main droite

Mélange à dégagement : Les deux coins marqués en rouge sont poussés jusqu’à ce qu’ils puissent être saisis par la main droite

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 (3) Il y a de nombreuses méthodes pour faciliter le dégagement des cartes, il est par exemple conseillé d’entrelacer les cartes en les relâchant avec légèreté (mélange à la queue d’aronde ouvert) pour conserver de l’air entre chaque carte, de même certains n’entrelacent réellement qu’une petite dizaine de cartes du paquet droit dans celui de gauche. Ce qu’il faut retenir c’est que l’illusion est plus dans le rythme général de l’enchaînement des actions que dans le fait que les cartes s’entrelacent et qu’on ne « voit » pas le dégagement. Les avis divergent aussi quand au timing du dégagement ; certains préfèrent le faire immédiatement, dans la continuité des mouvements précédents, d’autres préconisent d’attendre, marquer une pause en conservant un décalage (jog) en posant le jeu de cartes, puis de le reprendre pour faire le dégagement.

mélange à dégagement : position des paquet imbriqué, avant le dégagement.

Mélange à dégagement : position des paquets imbriqués, avant le dégagement.

Dans l’une des variations du mélange à dégagement attribué à Dai Vernon et J. Daley une coupe est effectuée avant le dégagement des deux blocs, créant un enchaînement de mouvements particulièrement convaincant, comme le signale Giobbi dans sa description. Une fois que le jeu est coupé, l’attention des spectateurs se relâche, ce qui permet d’effectuer le dé-entrelacement sans risque. Comme le disait Erdnase : « .. le professionnel…, à défaut de pouvoir améliorer l’artifice, en diffère l’exécution… » 

Mélange à dégagement : entre laçage dans la partie supérieur du paquet uniquement

Mélange à dégagement : entrelaçage dans la partie supérieure du paquet uniquement

Méthode : On commence comme un mélange à la queue d’aronde classique, en coupant un peu plus de la moitié supérieure du paquet vers la droite avec la main droite. L’effeuillage / entrelaçage se fait uniquement sur la moitié supérieure du paquet en main droite. Le bloc en main gauche est donc entrelacé dans la partie supérieure du paquet en main droite. On effectue ensuite le télescopage en faisant passer le bloc gauche vers la droite au travers du plus gros paquet. Le bloc de cartes étant à l’origine à gauche dépasse maintenant légèrement (jog) du côté droit. Le pouce droit soulève légèrement le côté intérieur des cartes qui dépassent pour permettre au pouce gauche de maintenir une brisure. La main droite vient alors saisir le bloc inférieur (les cartes non mélangées) et les coupe sur le dessus du paquet, aligné à droite avec les autres cartes décalées (jog). On enchaîne une deuxième coupe, qui est en réalité le dégagement, la main droite saisit toutes les cartes décalées vers la droite (le bloc venant du dessous et les cartes entrelacées), elle les pose sur la table vers l’avant, puis vient chercher le bloc restant et le pose au-dessus. Le paquet a retrouvé entièrement son ordre d’origine.

Mélange à dégagement de Vernon avec une coupe avant le dégagement.

Mélange à dégagement de Vernon avec une coupe avant le dégagement.

Mélange à dégagement simplifié : Cette variante est aussi attribuée à D. Vernon et présente l’avantage de ne pas avoir de télescopage complet des paquets (pas de push through) et donc pas de risque de cartes qui restent coincées lors de la manœuvre, tout en étant encadrées de plusieurs coupes formant ensemble un faux mélange convaincant et techniquement « simple » (d’où l’explication deux fois plus longue !).

Méthode : Comme pour un mélange à la queue d’aronde standard, le paquet est positionné avec la tranche longue face au manipulateur, les deux mains positionnées aux extrémités courtes, à droite et à gauche. L’index de la main droite soulève le quart supérieur du paquet pour que le pouce et le majeur de la main gauche puissent saisir un bloc de cartes du centre, le pouce et le majeur droit maintiennent le bloc inférieur restant du paquet (une sorte de brisure du pouce droite). La main droite s’avance tenant les deux paquets ensemble puis revient au dessus du bloc restant en main gauche permettant à l’index gauche de prendre le quart supérieur tenu en main droite et de le transférer sur le bloc en main gauche tandis que la main droite s’avance à nouveau avec les cartes restantes (qui est le bloc venant a l’origine du dessous du paquet) et revient ensuite de la même manière, mais cette fois-ci l’index gauche vient juste appuyer sur la carte supérieure du bloc en main droite pour faire une coupe glissée (c’est-à-dire retenir uniquement la première carte du bloc droit) tandis que la main droite s’avance encore une fois, et revient poser le paquet sur celui de gauche alors que le pouce gauche conserve une brisure entre les deux paquets pendant l’égalisation.
La position des cartes de bas en haut du paquet est donc : le bloc supérieur du paquet d’origine et la carte du dessus du bloc inférieur, séparé par une brisure du bloc inférieur du paquet d’origine.

  • Il est possible, à partir de cette position de faire un mélange Zarrow sous une carte en coupant à la brisure et d’obtenir un paquet dans l’ordre d’origine après une coupe finale.

La main droite coupe à présent le bloc supérieur (au-dessus de la brisure) sur la droite pour faire un mélange à la queue d’aronde. Commencez le mélange par un « lit » (bed) d’une dizaine de cartes de la main droite, puis entrelacez normalement le reste des cartes en terminant par la carte supérieure du paquet gauche (celle qui a été transférée par la coupe glissée précédemment). Imbriquez les paquets l’un dans l’autre, sans rotation, jusqu’à ce qu’ils ne soient séparés que d’un peu moins de deux centimètres et relâchez-les. La séparation est bien visible, et le mélange utilise ce point. Les deux mains viennent au contact de la table et saisissent le paquet pour finir l’imbrication. L’index gauche appuie discrètement sur la carte supérieure tandis que la main gauche couvre le côté gauche du paquet, la main droite pousse l’ensemble des cartes vers la gauche, seule la première carte du paquet ne bouge pas, l’illusion est parfaite, donnant l’impression qu’on  imbrique réellement les cartes. Le pouce gauche vient alors tenir le bloc décalé vers la gauche, permettant à la main droite de couper le reste des cartes vers l’avant, dé-entrelaçant les cartes sous la couverture de la première carte, donnant l’impression qu’il s’agit d’une coupe « normale »,puis elle revient prendre le paquet restant (celui de gauche) et le pose au-dessus, remettant le paquet dans l’ordre d’origine.
Durant toute la procédure, les mouvements de coupe vers l’avant ont le même aspect et rythme qu’il s’agisse d’une coupe de deux blocs, d’une vraie coupe ou d’une coupe-glissée.

Les décalages utilisés sur les photos (plus large que la bordure des cartes) ne sont pas des « bons » décalages, ils sont accentués pour la lisibilité.

Pour finir cette première partie, je voudrais rapidement aborder un mélange très simple, mais que j’aime beaucoup, il s’agit d’un faux mélange étalé sur table ou Roseta false shuffle de Leenart green. Ce mélange qui simule un mélange en étalant les cartes sur la table, effectué sans y attirer trop d’attention, donne l’impression que les cartes sont réellement mélangées. Le principe de base est simple, former une chaîne de cartes décalées en rotation l’une part rapport à l’autre, les empêchant ainsi de se mélanger.

Mélange rosetta

Mélange Rosetta

Méthode : On commence comme pour un mélange Rosetta (voir l’article sur les mélanges ici), mais avec un seul paquet, on fait tourner les cartes en appliquant une pression sur le dessus du paquet, ce qui permet de décaler chaque carte de quelques degrés, on étale ensuite le paquet sur la table et on vient discrètement placer la carte du dessus du paquet sous la carte du dessous. On crée ainsi une chaîne de cartes que l’ont peut « remuer » pour donner l’impression que l’on mélange avec une succession de mouvements rotatifs, les deux mains à plat sur les cartes. Grâce au décalage, les cartes ne peuvent pas se mélanger, il suffit donc de « couper » la chaîne et de rassembler les cartes en un seul paquet puis de faire une coupe pour retrouver un paquet dans l’ordre d’origine.

Faux mélange sur table de type Rosetta : les cartes forme une "chaine"

Faux mélange sur table de type Rosetta : On place la carte du dessus « sous » la carte du dessous ;  les cartes ainsi forment une « chaîne »

 

 

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