Un peu d’ordre dans les mélanges.

Il s’agit certainement du premier article que j’ai eu envie d’écrire ; je ne supportais plus de voir des vidéos expliquant des mélanges de manière faussée, incomplète, ou tout simplement pas didactique du tout. Il existe bien sûr quelques rares sources de qualité, principalement en anglais ; les sites francophones parlant de cartomagie ont des vidéos allant du « n’importe quoi » à « incomplet et pas clair ». Je ne prétends pas avoir vu toutes les vidéos sur le sujet, mais ce que j’ai pu trouver m’a motivé pour écrire et réaliser des vidéos pour tenter d’apprendre correctement au public francophone les différents mélanges et leurs utilisations.

retournement d'un ruban de carte

retournement d’un ruban de cartes

« Vous devez comprendre parfaitement ce que vous essayez d’accomplir avant de vous entraîner. L’entraînement doit être un plaisir ou vous ne n’arriverez jamais à la perfection. Quand vous vous entraînez, réfléchissez. Essayez de comprendre la raison d’être de chaque mouvement. Sinon vous deviendrez un singe, et il y en a déjà beaucoup trop parmi les magiciens. »   Dai Vernon. (citation traduite de « Royal road to card magic » de J. Hugard & F. Braue.)

Une seconde remarque avant de commencer ; si vous avez l’intention d’apprendre réellement, il ne faut pas avoir peur de pratiquer, de s’entraîner, encore et encore (Article sur l’entrainement ici).  Le principal défaut des vidéos que l’on trouve sur Youtube, c’est le manque de pratique du démonstrateur. Et ce n’est pas une question d’âge, on raconte que Dai Vernon avait entièrement maîtrisé « expert at the card table » à l’âge de 13 ans, c’est une question d’entrainement.  Il faut se souvenir qu’un maître dans quelque discipline que ce soit a échoué beaucoup plus de fois qu’un novice n’a essayé ; ce qui est vrai pour le potier ou le maître d’arts martiaux est aussi vrai pour la manipulation des cartes. Le magicien Ricky Jay  raconte avoir passé (et passer encore) plusieurs heures par jour à travailler ses techniques de cartes, et cela durant des années avant de montrer un mouvement à qui que ce soit ; c’est la bonne démarche pour devenir un professionnel. (Ce n’est pas forcément votre but, mais répéter encore et encore des mouvements vous permettra d’acquérir l’aisance indispensable pour les réaliser en situation.)

Ne sous-estimez pas l’importance du mélange. Oui, mélanger les cartes est un mouvement « de base », mais quel que soit l’effet magique que vous recherchez, le fait que les cartes soient bien mélangées est la condition de départ indispensable pour émerveiller les spectateurs. Si vous réalisez un tour sans mélanger les cartes au préalable, ils suspecteront immédiatement une préparation « en coulisse ».  Maîtriser totalement et parfaitement un mélange et les contrôles de cartes associés à ce mélange devrait être le premier objectif de n’importe quel aspirant magicien. Les novices ont tendance à se précipiter vers des techniques plus avancées sans prendre le temps de pleinement acquérir les subtilités du mélange le plus basique mais aussi le plus complet du point de vue de ses possibilités : le mélange français (overhand shuffle)

Il existe beaucoup de mélanges, des vrais, des faux, des illusions de mélanges, des mélanges conçus comme des gags ou uniquement pour leurs aspects visuels. Je vais ici principalement m’intéresser aux vrais mélanges, ainsi qu’aux mélanges fioritures les plus célèbres (ceux conçus pour l’esthétisme plus que pour l’efficacité) et même parler de la routine de mélange des croupiers de poker dans un casino, comme exemple de séquence de mélange « non-falsifiable ». Je me pencherai sur les faux mélanges plus tard, pour beaucoup ils requièrent de connaitre et maîtriser d’autres techniques de base que nous verrons bientôt (brisure, décalage, etc..) et l’article qui suit est déjà bien trop long sans aborder tout cela. Lire la suite

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Vocabulaire : géographie d’une carte

Et non carte de géographie.

Les cartes d’un jeu standard se distinguent par leur valeur — un (ou as) à dix — ou leur figureRoi, Dame, Valet — et par leur enseigne ou couleur. Ces « couleurs », au nombre de 4, varient suivant les usages, notamment nationaux ou régionaux. (Pique Cœur Carreau Trèfle)

wikipédia

Une carte possède une face, un dos et une tranche. On appelle face de la carte le coté où est imprimée la valeur ou figure (ou honneur), tandis que le dos (autrefois blanc, puis espace publicitaire) est décoré d’un motif plus ou moins abstrait sur la plupart des jeux actuels. Par extension, on appelle face d’un paquet le coté où la face d’une carte est visible, et dos du paquet le coté où le dos est visible. La face du paquet est dans la plupart des situations tournée vers le bas.

Il y a deux grandes catégories de dos de carte qui ont leur importance en magie. Les dos avec bordures et les dos sans bordure. Chaque type ayant ses avantages et ses inconvénients. Il est par exemple très facile de repérer une carte retournée dans un paquet de cartes aux dos sans bordure, alors qu’elle est invisible dans un paquet avec bordure. La plupart des manipulations de « triche » sont moins visibles ou plus difficilement identifiables avec des cartes sans bordure, et plus particulièrement les dos composés de motifs géométriques répétitifs. (Comme par exemples les Bee) À l’inverse, de nombreuses manipulations de cartomagie requièrent de dissimuler une carte retournée au milieu d’autres cartes, dans ce cas un jeu de cartes avec bordure est bien plus pratique.

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Tally ho Circle back, Bicycle Riders back blue, Kem Blue
Bee red , Bicycle Riders back red, Bicycle Vintage Red

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Exemples de dos de cartes asymétriques : bicycle league back blue et red

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Vocabulaire : Introduction

La cartomagie (ne pas confondre avec cartomancie, ici on ne prédit pas le futur, on le contrôle) possède un jargon qu’elle partage avec les arnaqueurs et autres tricheurs professionnels, les deux « professions  » ayant tendance à être portées sur le secret, elles utilisent donc un vocabulaire particulier. (Pas pour les mêmes raisons, un illusionniste fait croire qu’il risque sa vie, un tricheur faire croire qu’il ne la risque pas.) Plusieurs mots n’ont pas vraiment d’équivalent français, mais je vais tout de même les traduire par souci de simplicité. Je risque parfois d’utiliser les termes anglais dans les vidéos, j’ai appris en anglais, et même si mon objectif est de rendre le tout le plus simple et le plus francophone possible, il est difficile d’oublier ses acquis.

Une connaissance basique du vocabulaire employé est indispensable à la compréhension des articles qui suivront.
La catégorie « vocabulaire  » des articles s’enrichira quand j’aborderai des concepts plus avancés.
Le nom de certaines techniques étant lié à leur créateur ou à la personne qui les a fait connaitre, certains ne sont pas traduisibles, ils seront donc simplement expliqués.

On parle par exemple de Blind Shuffle ou Blind Cut, littéralement Mélange ou Coupe aveugle  pour désigner une Fausse coupe ou un Faux mélange, c’est-à-dire une succession de mouvements qui donnent l’impression que l’on a mélangé ou coupé le paquet de cartes alors qu’il est resté exactement dans le même ordre.