Forçage, une sélection non naturelle.

« Que la force soit avec toi »   Yoda.

En manipulation de cartes, un forçage est l’action de faire choisir une carte particulière (connue à l’avance par le magicien) tout en prétendant que la sélection est libre et parfaitement aléatoire. Comme pour la plupart des techniques « basiques » il y a beaucoup trop de manières de forcer une carte pour que cet article soit exhaustif, mais je vais, comme toujours, tenter de faire un panorama assez large des méthodes, plus ou moins complexes, mais sans rentrer dans les détails de la plus importante de toutes, le Forçage classique ou « Classic force » qui mérite un article entier rien que pour lui tellement il y a de choses à dire à son sujet. D’autre part, j’ai déjà parlé du forçage avec un glissement (glide), je ne reviendrai donc pas dessus ici. J’ignorerai aussi les forçages utilisant des cartes truquées (gimmick) même si certains sont très intéressants. D’autres, comme le forçage bluff (Bluff force) seront abordés dans un article dédié au mouvements de bluff (Bluff move), tout comme le forçage par substitution (ATFUS force) ; et comment utiliser l’ATFUS (ou l’Ajout Braue ) comme un forçage sera détaillé dans un prochain article centré sur ce mouvement indispensable de Marlo !

Choisissez une carte !

Choisissez une carte !

Dans la plupart des cas, le forçage nécessite une préparation succincte, au minimum de connaitre la carte du dessous ou du dessus du paquet, (qui peut être placée au centre avec une coupe, dans une position marquée par une brisure) ; le cas où l’on fait choisir une carte inconnue dont on prend discrètement connaissance ensuite (glimpse / peek) n’est pas un forçage à proprement parlé bien que le résultat soit identique.
Certains forçages ne sont pas infaillibles, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas les utiliser, au contraire. Il est grandement conseillé de toujours tenter de forcer une carte, même (et surtout) si cela n’est absolument pas nécessaire à l’effet que vous voulez présenter.  En cas de réussite vous pouvez avoir prévu, par exemple, une prédiction dans une enveloppe scellée pour un final exceptionnel. Il est aussi possible, après un forçage qui a échoué, d’utiliser la carte que vous vouliez forcer comme carte clef (key card) vous permettant ensuite de localiser la carte choisie. Comme toujours, il n’est pas indispensable de connaître toutes les techniques possibles pour forcer une carte, mais il est important d’en connaitre plusieurs pour varier les méthodes de sélection par le spectateur, et de choisir la méthode la plus adaptée à la situation et à la routine que vous souhaitez effectuer. Quel que soit le forçage que vous souhaitez utiliser, il est recommandé de toujours commencer par quelques faux mélanges partiels conservant la carte à forcer en position. Lire la suite

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Un peu d’ordre dans les mélanges.

Il s’agit certainement du premier article que j’ai eu envie d’écrire ; je ne supportais plus de voir des vidéos expliquant des mélanges de manière faussée, incomplète, ou tout simplement pas didactique du tout. Il existe bien sûr quelques rares sources de qualité, principalement en anglais ; les sites francophones parlant de cartomagie ont des vidéos allant du « n’importe quoi » à « incomplet et pas clair ». Je ne prétends pas avoir vu toutes les vidéos sur le sujet, mais ce que j’ai pu trouver m’a motivé pour écrire et réaliser des vidéos pour tenter d’apprendre correctement au public francophone les différents mélanges et leurs utilisations.

retournement d'un ruban de carte

retournement d’un ruban de cartes

« Vous devez comprendre parfaitement ce que vous essayez d’accomplir avant de vous entraîner. L’entraînement doit être un plaisir ou vous ne n’arriverez jamais à la perfection. Quand vous vous entraînez, réfléchissez. Essayez de comprendre la raison d’être de chaque mouvement. Sinon vous deviendrez un singe, et il y en a déjà beaucoup trop parmi les magiciens. »   Dai Vernon. (citation traduite de « Royal road to card magic » de J. Hugard & F. Braue.)

Une seconde remarque avant de commencer ; si vous avez l’intention d’apprendre réellement, il ne faut pas avoir peur de pratiquer, de s’entraîner, encore et encore (Article sur l’entrainement ici).  Le principal défaut des vidéos que l’on trouve sur Youtube, c’est le manque de pratique du démonstrateur. Et ce n’est pas une question d’âge, on raconte que Dai Vernon avait entièrement maîtrisé « expert at the card table » à l’âge de 13 ans, c’est une question d’entrainement.  Il faut se souvenir qu’un maître dans quelque discipline que ce soit a échoué beaucoup plus de fois qu’un novice n’a essayé ; ce qui est vrai pour le potier ou le maître d’arts martiaux est aussi vrai pour la manipulation des cartes. Le magicien Ricky Jay  raconte avoir passé (et passer encore) plusieurs heures par jour à travailler ses techniques de cartes, et cela durant des années avant de montrer un mouvement à qui que ce soit ; c’est la bonne démarche pour devenir un professionnel. (Ce n’est pas forcément votre but, mais répéter encore et encore des mouvements vous permettra d’acquérir l’aisance indispensable pour les réaliser en situation.)

Ne sous-estimez pas l’importance du mélange. Oui, mélanger les cartes est un mouvement « de base », mais quel que soit l’effet magique que vous recherchez, le fait que les cartes soient bien mélangées est la condition de départ indispensable pour émerveiller les spectateurs. Si vous réalisez un tour sans mélanger les cartes au préalable, ils suspecteront immédiatement une préparation « en coulisse ».  Maîtriser totalement et parfaitement un mélange et les contrôles de cartes associés à ce mélange devrait être le premier objectif de n’importe quel aspirant magicien. Les novices ont tendance à se précipiter vers des techniques plus avancées sans prendre le temps de pleinement acquérir les subtilités du mélange le plus basique mais aussi le plus complet du point de vue de ses possibilités : le mélange français (overhand shuffle)

Il existe beaucoup de mélanges, des vrais, des faux, des illusions de mélanges, des mélanges conçus comme des gags ou uniquement pour leurs aspects visuels. Je vais ici principalement m’intéresser aux vrais mélanges, ainsi qu’aux mélanges fioritures les plus célèbres (ceux conçus pour l’esthétisme plus que pour l’efficacité) et même parler de la routine de mélange des croupiers de poker dans un casino, comme exemple de séquence de mélange « non-falsifiable ». Je me pencherai sur les faux mélanges plus tard, pour beaucoup ils requièrent de connaitre et maîtriser d’autres techniques de base que nous verrons bientôt (brisure, décalage, etc..) et l’article qui suit est déjà bien trop long sans aborder tout cela. Lire la suite