Technique de base : Le glissement

Le glissement (glide) est un mouvement très simple et extrêmement pratique puisqu’il permet par exemple, de contrôler directement une sélection faite par un spectateur, d’effectuer un forçage (force), un remplacement (switch) ou encore d’être utilisé pour avoir un aperçu d’une carte (glimpse), tout ça avec un seule technique ! Elle est tellement simple que beaucoup de cartomanes oublient de l’utiliser et ont recourt à des méthodes plus difficiles pour obtenir le même résultat.

Le principe de base du glissement est, comme son nom le laisse supposer, de faire glisser une carte à l’insu des spectateurs. Une particularité de ce mouvement est qu’il s’utilise en position de la donne avec le paquet à l’envers et une rotation à 180° du poignet (wrist kill), ou en position de la coupe fermée/couverte (closed end/Biddle grip), sur les cartes du dessous du paquet. Deux points qui expliquent en partie la sous-utilisation du mouvement, ce n’est pas courant de distribuer à partir du dessous du paquet et la position de maintien du paquet pour effectuer le mouvement est inhabituel. Pourtant, la facilité du mouvement et ce qu’il rend possible devrait nous motiver à inventer des routines originales dans lesquelles le boniment et l’enchainement des mouvements justifieraient logiquement cette action.
Si on réfléchit au mouvement d’une manière pragmatique, un glissement effectué sur le dessus du paquet existe, il s’agit de la donne en second (second deal) un mouvement qui lui, nécessite beaucoup de pratique pour être invisible. Le glissement est le même mouvement, mais en dessous du paquet, donc naturellement discret.

Glissement en main gauche (position de la donne, main retournée) :

Glissement en position de la donne : la carte est décalé avec les dernières phalanges

Glissement en position de la donne : la carte est décalée avec les dernières phalanges pendant le retournement.

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Distribution et projection de cartes.

Un petit point rapide sur la distribution et la « projection » de cartes. Autant la distribution est simple avec quelques subtilités souvent mises à profit dans les tours automatiques ou mathématiques, autant les techniques de projection de cartes sont variées et vont du basique aux mouvements vraiment difficiles à maîtriser. (Des mouvements qui nécessitent un coup de main que l’on ne peut acquérir qu’avec de la pratique; « nacky move » en anglais.)

La distribution de cartes, ou donne :

La donne standard (standard deal) est simplement le fait de prendre les carte une à une du dessus du paquet et de les poser sur la table, soit devant les participants pour un jeu de cartes, soit en pile unique pour certaines routines mathématiques, sachant que distribuer entièrement un paquet en une pile inverse l’ordre des cartes. Par exemple, si l’on connait la première carte du paquet, imaginons l’As de pique, on sait qu’en distribuant 9 cartes et en les replaçant ensuite sur le dessus du paquet on peut épeler le nom de la carte en question pour tomber dessus sur la dernière lettre (car « as de pique » s’épelle en 9 lettres). Il s’agit d’un principe extrêmement simple utilisé dans de nombreuses routines automatiques.

La donne face visible (Stud deal, du nom d’un type de poker dans lequel les cartes sont en majorité distribuées aux joueurs faces visibles) La donne face visible conserve l’ordre des cartes quand on les remet sur le dessus du paquet face cachée. Cela aussi peut être utilisé pour montrer des cartes sans changer l’ordre d’un bloc préparé à l’avance.

La donne en bloc (Group deal) consiste à séparer d’un mouvement des blocs de cartes plutôt que des cartes une à une. C’est en quelque sorte une coupe multiple, et si l’on replace les blocs dans l’ordre, c’est une fausse coupe.  Par exemple, une donne en bloc face visible, réalisée de manière brouillonne peut sembler mélanger les cartes alors qu’elles restent exactement dans le même ordre.

(vidéo en fin d’article) Lire la suite

Couper avec style, aucun rapport avec mon costume.

Quoi ! Un article sur les coupes ?  Tout le monde est capable de séparer un paquet en deux, je ne vois vraiment pas de quoi tu vas parler ici !
Je dois le reconnaitre, couper un paquet de manière classique n’a rien de compliqué, mais un manipulateur de cartes se doit de réfléchir et choisir avec attention chacun de ses mouvements, de sorte qu’ils s’intègrent harmonieusement avec le reste de sa présentation, que ce soit le plus propre, fluide et naturel possible, ou pourquoi pas exactement l’inverse, un apparent chaos. Il y a plus de types de coupes que de paquets de cartes, chaque jour de nouvelles versions sont créées, il est totalement inutile de les connaitre toutes, mais un petit tour d’horizon du domaine et des plus connues ne me semble pas superflu. Il existe d’ailleurs un domaine annexe à la cartomagie entièrement dédié aux différentes coupes et aux fioritures réalisables avec un paquet de cartes (ou plusieurs !).
Je ne pratique pas vraiment ce que l’on appelle la manipulation extrême de cartes (Cardistry ou XCM), je me garderai bien de vous donner des conseils dans le domaine, je regarde avec admiration les experts, tout en réalisant qu’il s’agit plus d’une démonstration de dextérité que de magie. Cette discipline peut même devenir artistique et esthétique quand les mouvements sont maitrisés à la perfection, mais il s’agit de jonglerie (je ne dis pas cela de manière péjorative) bien plus que de cartomagie. Il n’y a pas le côté « merveilleux » de ce qu’on appelle la magie (j’utilise ici le mot merveilleux dans son sens originel : surnaturel, inexplicable et non pas l’adjectif). Quoi qu’il en soit, certains mouvements de XCM peuvent être intéressants pour présenter une carte choisie ou bien « produire » les quatre As que vous allez utiliser dans votre prochain tour ; de plus, la pratique de ces mouvements augmentera considérablement votre dextérité avec un paquet de cartes, de fait rien n’est perdu ! Si cette discipline vous intéresse, jetez un œil, par exemple, au canal de Virtuoso (thevirts sur Youtube).

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Entraînement ; méthode et état d’esprit.

« … Même lorsque vous retournez simplement une carte face en haut sur le jeu : cela suffira déjà à vous distinguer du troupeau des autres soi-disant cartomanes. » Giobbi, cours de cartomagie

Ascanio cite trois facteurs indispensables pour devenir un bon cartomagicien : l’entraînement, la réflexion et l’amour de ce que l’on fait. Si vous vous entraînez à contrecœur, vous progresserez beaucoup plus lentement et difficilement. Choisissez quelques techniques et consacrez le temps qu’il faut pour les maîtriser parfaitement. La taille de vos mains, la souplesse de vos doigts ou votre type de peau ne sont que des excuses et des blocages psychologiques, aucune technique n’est impossible, mais il est indispensable de vouloir vraiment apprendre pour réussir.

N'abandonnez pas !

N’abandonnez pas !

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Un peu d’ordre dans les mélanges.

Il s’agit certainement du premier article que j’ai eu envie d’écrire ; je ne supportais plus de voir des vidéos expliquant des mélanges de manière faussée, incomplète, ou tout simplement pas didactique du tout. Il existe bien sûr quelques rares sources de qualité, principalement en anglais ; les sites francophones parlant de cartomagie ont des vidéos allant du « n’importe quoi » à « incomplet et pas clair ». Je ne prétends pas avoir vu toutes les vidéos sur le sujet, mais ce que j’ai pu trouver m’a motivé pour écrire et réaliser des vidéos pour tenter d’apprendre correctement au public francophone les différents mélanges et leurs utilisations.

retournement d'un ruban de carte

retournement d’un ruban de cartes

« Vous devez comprendre parfaitement ce que vous essayez d’accomplir avant de vous entraîner. L’entraînement doit être un plaisir ou vous ne n’arriverez jamais à la perfection. Quand vous vous entraînez, réfléchissez. Essayez de comprendre la raison d’être de chaque mouvement. Sinon vous deviendrez un singe, et il y en a déjà beaucoup trop parmi les magiciens. »   Dai Vernon. (citation traduite de « Royal road to card magic » de J. Hugard & F. Braue.)

Une seconde remarque avant de commencer ; si vous avez l’intention d’apprendre réellement, il ne faut pas avoir peur de pratiquer, de s’entraîner, encore et encore (Article sur l’entrainement ici).  Le principal défaut des vidéos que l’on trouve sur Youtube, c’est le manque de pratique du démonstrateur. Et ce n’est pas une question d’âge, on raconte que Dai Vernon avait entièrement maîtrisé « expert at the card table » à l’âge de 13 ans, c’est une question d’entrainement.  Il faut se souvenir qu’un maître dans quelque discipline que ce soit a échoué beaucoup plus de fois qu’un novice n’a essayé ; ce qui est vrai pour le potier ou le maître d’arts martiaux est aussi vrai pour la manipulation des cartes. Le magicien Ricky Jay  raconte avoir passé (et passer encore) plusieurs heures par jour à travailler ses techniques de cartes, et cela durant des années avant de montrer un mouvement à qui que ce soit ; c’est la bonne démarche pour devenir un professionnel. (Ce n’est pas forcément votre but, mais répéter encore et encore des mouvements vous permettra d’acquérir l’aisance indispensable pour les réaliser en situation.)

Ne sous-estimez pas l’importance du mélange. Oui, mélanger les cartes est un mouvement « de base », mais quel que soit l’effet magique que vous recherchez, le fait que les cartes soient bien mélangées est la condition de départ indispensable pour émerveiller les spectateurs. Si vous réalisez un tour sans mélanger les cartes au préalable, ils suspecteront immédiatement une préparation « en coulisse ».  Maîtriser totalement et parfaitement un mélange et les contrôles de cartes associés à ce mélange devrait être le premier objectif de n’importe quel aspirant magicien. Les novices ont tendance à se précipiter vers des techniques plus avancées sans prendre le temps de pleinement acquérir les subtilités du mélange le plus basique mais aussi le plus complet du point de vue de ses possibilités : le mélange français (overhand shuffle)

Il existe beaucoup de mélanges, des vrais, des faux, des illusions de mélanges, des mélanges conçus comme des gags ou uniquement pour leurs aspects visuels. Je vais ici principalement m’intéresser aux vrais mélanges, ainsi qu’aux mélanges fioritures les plus célèbres (ceux conçus pour l’esthétisme plus que pour l’efficacité) et même parler de la routine de mélange des croupiers de poker dans un casino, comme exemple de séquence de mélange « non-falsifiable ». Je me pencherai sur les faux mélanges plus tard, pour beaucoup ils requièrent de connaitre et maîtriser d’autres techniques de base que nous verrons bientôt (brisure, décalage, etc..) et l’article qui suit est déjà bien trop long sans aborder tout cela. Lire la suite

Type de cartes, matériaux, finitions, durabilité, marques & fabricants…

Aujourd’hui j’ai envie de parler de la fabrication de cartes. Enfin, oui et non, je ne vais pas détailler la fabrication d’un paquet de cartes, je ne suis pas imprimeur, mais parler des différents types de paquets de cartes et de leur propriétés, de leurs avantages et inconvénients et des marques et fabricants. Cet article fait directement suite à l’article de vocabulaire « géographie d’une carte » .

Il faut noter qu’il ne reste plus beaucoup de fabricants de cartes d’envergure mondiale, même s’il existe encore beaucoup de « petits » fabricants nationaux dans de nombreux pays. La plupart des gros fabricants ont été rachetés par le leader mondial, l’américain US playing Card compagny (USPCC 35% du marché mondial). Certains fabricants ont eu (ou ont encore) une bonne réputation, on peut noter par exemple le Belge Cartamundi le français France-carte (avec les marques Grimaud, Ducale, Héron, Dusserre), l’espagnol Fournier qui fait maintenant partie du groupe américain, ou encore l’autrichien Piatnik , l’italien Modiano , Copag réputé pour ses cartes 100% plastic lavable,  d’autres font maintenant partie de l’histoire comme l’allemand DonDorf et sont recherchés par les collectionneurs.

rococo-dondorf

Rococo Don Dorf

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