Les faux comptages de cartes : Emsley, Jordan, Rumba, Biddle, Gemini…. Le compte est bon ?

« Ce qui compte ne peut pas toujours être compté. » A. Einstein

Les faux comptages sont des manipulations plus ou moins techniques, indispensables et très pratiques. Ils permettent de compter X cartes comme si il y en avait Y, dissimulant une ou plusieurs cartes lors du compte. Ils sont utilisés dans la plupart des tours de petits paquets (routine réalisée avec moins d’une dizaine de cartes), mais il existe aussi des mouvements utilisables lorsque l’on distribue en comptant à partir d’un paquet complet en position de la donne. Puisqu’un faux comptage dissimule des cartes, il permet par exemple d’avoir une ou plusieurs cartes retournées dans un petit paquet et de compter les cartes sans montrer la (ou les) carte(s) face(s) visible(s) rendant ainsi possible, entre autres, des effets « magiques » de retournement automatique de cartes.

Terminologie : On désigne souvent les faux comptages par trois chiffres. Par exemple, un « compte 3-4-4 » (Jordan et Emsley entres autres) signifie que l’on montre trois cartes en comptant quatre alors que l’on a quatre cartes en main. L’ordre de la phrase en français semble étrange car j’ai repris la construction anglaise, mais c’était plus simple que de changer la dénomination numérique de chaque comptage, et cela sera consistant avec des sources anglaises que vous pourriez consulter sur le sujet.

Petit paquet tenu en main, prêt à être compter, faussement ou pas.

Position de comptage « classique » (Pinch grip)

Techniques et positions : Les comptages de petits paquets reposent sur deux techniques principales, pousser plusieurs cartes ensemble comme une seule (block push), et transférer (ou voler; « steal ») une carte d’une main à l’autre de manière dissimulée, la couverture du mouvement étant que l’on fait visiblement et en comptant le transfert inverse en même temps. Pour être capable de réaliser ces mouvements, la position de maintien des cartes lors d’un comptage est presque toujours la même, une main utilise le pouce au-dessus, les autres doigts en-dessous des cartes, tandis que l’autre main reçoit la plupart du temps les cartes dans une position « ouverte » proche de celle de la donne, en utilisant la pince du pouce (ou le pouce et l’index) pour saisir les cartes.  La position en photo ci-dessus, ou position de comptage permet de pousser un bloc de cartes (block push) en appuyant avec le pouce et en poussant toutes les cartes à l’exception de la dernière.  Le transfert secret (steal) est faisable dans d’autres positions, mais ce maintien permet de faire les deux mouvements simultanément ; les anglais nomment cela « put and take » littéralement « poser et prendre« .  Bien sur, certains comptages utilisent des positions différentes, par exemple le comptage biddle ou Biddle move qui utilise la position du même nom, ou position dite « de la coupe« . Comme pour la plupart des techniques, il est de loin préférable lors d’un faux comptage que seule une main bouge tandis que l’autre reste immobile.

Poussage de bloc (2 cartes) : Block push

Poussage de bloc (2 cartes) : Block push

De même que pour de nombreuses autres techniques, il existe énormément de faux comptages et il serait illusoire de tenter d’être exhaustif. Je vais cependant faire un panorama assez large, même si je n’utilise pas régulièrement la moitié des comptages listés ici. Les comptages Emsley, Jordan, Biddle et leurs variantes sont les plus courants, de nombreuses routines les utilisent ; il est donc fortement conseillé de concentrer prioritairement son entrainement sur ceux-ci, les autres sont plus rares, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont moins bons, simplement moins connus. Quoi que vous vouliez compter, il existe un mouvement pour, sinon une variante d’un autre mouvement vous le permettra. Enfin, pour finir cette longue introduction, je voudrais rappeler que pour tous les faux comptages, l’aspect le plus important est le rythme, l’entrainement en musique est vivement recommandé pour acquérir plus facilement un bon rythme et une bonne fluidité de comptage.  Lire la suite

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Techniques de base ; Levée double et retournement double.

« La levée double est un mouvement par lequel deux cartes sont prises et montrées comme une seule. »
La première source expliquant ce concept se trouve à la page 141 de « The Merry Companion » (Delights for the Ingenious) écrit par Richard Neve en 1716 sous le titre « feindre le changement de la carte du dessus par une autre. » – Genii Magicpedia

Depuis des ouvrages(ou dvd) complets ont été consacré à ce mouvement, la levée double, un indispensable qui rend possible la plupart des miracles réalisables avec un paquet de cartes. Mais pour être exact, il faudrait différencier la levée double (double lift) du retournement double (double turnover, attribué à Dai Vernon, sans doute à tort). Bien peu de sources d’instructions de cartomagie font cette différence pourtant importante, surtout pour les novices.
Une levée double est en effet bien plus simple qu’un retournement double puisque les cartes « soulevées » ne quittent pas la main qui les maintient ensemble, alors que pour un retournement, on pose les cartes sur le dessus du jeu, et il faut à nouveau les saisir ensemble pour les remettre dans la position initiale. Il est naturellement conseillé de commencer par présenter des tours utilisant des levées doubles avant de se lancer dans ceux utilisant des retournements doubles, il y a logiquement moins de risque de commettre une erreur.

Ces techniques, sans gestion de l’attention, s’usent rapidement aux yeux du spectateur. Ce que je veux dire, la plupart des magiciens amateurs en font l’expérience un jour ou l’autre, ils utilisent souvent des retournements doubles au cours d’une présentation de magie et le public commence à sentir le « truc » et comprendre ce qui se passe. Le premier conseil, outre d’avoir une levée double parfaite, est de ne pas regarder et crisper ses mains avant, durant et après une levée double (enfin si, regardez après !). J’en parlerais plus en détail dans un article sur la gestion de l’attention; votre regard dirige le regard de votre public.  Vous risquez de ruiner ainsi vous même tout l’effet magique recherché si vous surveillez trop vos mains, ou simplement si vous avez négligé de travailler et comprendre pleinement un des mouvements les plus indispensables de la cartomagie. Bien évidement, il n’est pas utile de connaître parfaitement toutes les méthodes de levée double ou retournement double, mais choisir la plus adaptée à la situation est important, on utilise pas la même levée double pour montrer une carte à un spectateur seul, à un groupe, ou une salle entière, et certaines techniques iront mieux dans certaines routines que d’autres.

Souvenez-vous que l’important est que le mouvement de votre retournement ou levée double soit le plus possible similaire au mouvement que vous utilisiez pour retourner ou soulever une seule carte.
Je ne reviendrais pas ici sur les méthodes pour prendre une brisure, les articles sur la brisure et sur les contrôles abordant déjà amplement le sujet. Lire la suite

Techniques de base : les contrôles.

Le pouvoir sans contrôle rend fou. (Alain)
La confiance n’exclut par le contrôle (Lénine)
J’ai un contrôle de math lundi (mon neveu)

éventail de carte

Éventail sur table

Effectuer un contrôle, une expression regroupant une infinité de techniques, et un mot utilisé dans beaucoup trop d’expressions. En cartomagie, un contrôle consiste à déplacer une ou plusieurs cartes vers un endroit déterminé, usuellement le dessus ou le dessous du paquet, mais vous pouvez aussi vouloir pour certaines manipulations contrôler une carte en troisième position à partir du dessus, ou tout autre emplacement précis dans un paquet. Il existe bien trop de méthodes de contrôle des cartes pour les aborder toutes dans cet article, mais je vais répertorier les plus classiques ainsi que mes favorites.

Il n’est pas indispensable de connaitre tous les contrôles possibles, mais il est crucial de choisir le contrôle le plus adapté à la routine, c’est-à-dire celui qui s’intègre le mieux avec le reste des mouvements, conservant la fluidité et la logique de l’ensemble. De nombreux contrôles nécessitent de maintenir / prendre une brisure, par exemple au moment où l’on replace une carte choisie par le spectateur dans le paquet. Je parlerai donc aussi en introduction de quelques méthodes permettant de prendre une brisure au moment voulu. Je vous invite à lire l’article sur le sujet si vous ne l’avez pas déjà fait. (Vraiment, vous devriez !)

Avant propos : Un contrôle peut se résumer à faire un saut de coupe, ou simplement une succession de mélanges français, la technique en elle-même peut varier mais au final l’action est toujours de contrôler une (ou plusieurs) carte(s). Certains contrôles sont difficiles à réaliser, d’autres bien plus simples, mais souvent plus longs et moins discrets. On différencie les contrôles des mises en ordre de donne (stacking) qui sont utilisées dans les routines de triches par exemple. Les mises en ordre consistent le plus souvent à espacer de manière régulière une main prédéfinie (un nombre X de carte)  de manière à les obtenir à la suite d’une distribution classique (par exemple, si je veux obtenir les quatre As, et qu’il y a 6 joueurs a la table, je place 5 cartes entre chaque As). Lire la suite

Distribution et projection de cartes.

Un petit point rapide sur la distribution et la « projection » de cartes. Autant la distribution est simple avec quelques subtilités souvent mises à profit dans les tours automatiques ou mathématiques, autant les techniques de projection de cartes sont variées et vont du basique aux mouvements vraiment difficiles à maîtriser. (Des mouvements qui nécessitent un coup de main que l’on ne peut acquérir qu’avec de la pratique; « nacky move » en anglais.)

La distribution de cartes, ou donne :

La donne standard (standard deal) est simplement le fait de prendre les carte une à une du dessus du paquet et de les poser sur la table, soit devant les participants pour un jeu de cartes, soit en pile unique pour certaines routines mathématiques, sachant que distribuer entièrement un paquet en une pile inverse l’ordre des cartes. Par exemple, si l’on connait la première carte du paquet, imaginons l’As de pique, on sait qu’en distribuant 9 cartes et en les replaçant ensuite sur le dessus du paquet on peut épeler le nom de la carte en question pour tomber dessus sur la dernière lettre (car « as de pique » s’épelle en 9 lettres). Il s’agit d’un principe extrêmement simple utilisé dans de nombreuses routines automatiques.

La donne face visible (Stud deal, du nom d’un type de poker dans lequel les cartes sont en majorité distribuées aux joueurs faces visibles) La donne face visible conserve l’ordre des cartes quand on les remet sur le dessus du paquet face cachée. Cela aussi peut être utilisé pour montrer des cartes sans changer l’ordre d’un bloc préparé à l’avance.

La donne en bloc (Group deal) consiste à séparer d’un mouvement des blocs de cartes plutôt que des cartes une à une. C’est en quelque sorte une coupe multiple, et si l’on replace les blocs dans l’ordre, c’est une fausse coupe.  Par exemple, une donne en bloc face visible, réalisée de manière brouillonne peut sembler mélanger les cartes alors qu’elles restent exactement dans le même ordre.

(vidéo en fin d’article) Lire la suite

Techniques de base ; Brisures et décalages.

Après avoir débuté en lisant les classiques de la manipulation de cartes en anglais il y des années, j’ai découvert le vocabulaire français beaucoup plus récemment, principalement grâce à Giobbi. Dans ma lutte sans merci contre les anglicismes qui jonchent les routes du cartomagicien, j’ai parfois du mal à m’habituer au vocabulaire français, mais je persévère ! Il est vrai qu’il est souvent plus long à écrire que son équivalent anglais et me force à utiliser des périphrases un peu longuettes pour rester compréhensible et logique, mais ce ne sont pas, à mon avis, des raisons suffisantes pour se rabattre sur le vocabulaire anglais (résistance !).

Je vais aujourd’hui parler de trois techniques distinctes, la brisure (break), le décalage de carte ou saillie (jog) et le décalage de paquet (step). Vous comprenez ce que je voulais dire en introduction… Ces trois techniques peuvent servir exactement à la même chose, c’est-à-dire marquer un emplacement dans un paquet de cartes, pour être capable de le retrouver ensuite pour marquer l’emplacement de la carte que l’on va forcer par exemple. La brisure est totalement invisible pour le spectateur, alors que les décalages peuvent l’être (volontairement ou non). C’est entre autres parce qu’elles peuvent servir exactement à la même chose que j’ai choisi de regrouper ces techniques, mais aussi pour leur simplicité et surtout le fait qu’elles sont indispensables à d’innombrables autres mouvements. Lire la suite

Vocabulaire : géographie d’une carte

Et non carte de géographie.

Les cartes d’un jeu standard se distinguent par leur valeur — un (ou as) à dix — ou leur figureRoi, Dame, Valet — et par leur enseigne ou couleur. Ces « couleurs », au nombre de 4, varient suivant les usages, notamment nationaux ou régionaux. (Pique Cœur Carreau Trèfle)

wikipédia

Une carte possède une face, un dos et une tranche. On appelle face de la carte le coté où est imprimée la valeur ou figure (ou honneur), tandis que le dos (autrefois blanc, puis espace publicitaire) est décoré d’un motif plus ou moins abstrait sur la plupart des jeux actuels. Par extension, on appelle face d’un paquet le coté où la face d’une carte est visible, et dos du paquet le coté où le dos est visible. La face du paquet est dans la plupart des situations tournée vers le bas.

Il y a deux grandes catégories de dos de carte qui ont leur importance en magie. Les dos avec bordures et les dos sans bordure. Chaque type ayant ses avantages et ses inconvénients. Il est par exemple très facile de repérer une carte retournée dans un paquet de cartes aux dos sans bordure, alors qu’elle est invisible dans un paquet avec bordure. La plupart des manipulations de « triche » sont moins visibles ou plus difficilement identifiables avec des cartes sans bordure, et plus particulièrement les dos composés de motifs géométriques répétitifs. (Comme par exemples les Bee) À l’inverse, de nombreuses manipulations de cartomagie requièrent de dissimuler une carte retournée au milieu d’autres cartes, dans ce cas un jeu de cartes avec bordure est bien plus pratique.

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Tally ho Circle back, Bicycle Riders back blue, Kem Blue
Bee red , Bicycle Riders back red, Bicycle Vintage Red

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Exemples de dos de cartes asymétriques : bicycle league back blue et red

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Vocabulaire : Introduction

La cartomagie (ne pas confondre avec cartomancie, ici on ne prédit pas le futur, on le contrôle) possède un jargon qu’elle partage avec les arnaqueurs et autres tricheurs professionnels, les deux « professions  » ayant tendance à être portées sur le secret, elles utilisent donc un vocabulaire particulier. (Pas pour les mêmes raisons, un illusionniste fait croire qu’il risque sa vie, un tricheur faire croire qu’il ne la risque pas.) Plusieurs mots n’ont pas vraiment d’équivalent français, mais je vais tout de même les traduire par souci de simplicité. Je risque parfois d’utiliser les termes anglais dans les vidéos, j’ai appris en anglais, et même si mon objectif est de rendre le tout le plus simple et le plus francophone possible, il est difficile d’oublier ses acquis.

Une connaissance basique du vocabulaire employé est indispensable à la compréhension des articles qui suivront.
La catégorie « vocabulaire  » des articles s’enrichira quand j’aborderai des concepts plus avancés.
Le nom de certaines techniques étant lié à leur créateur ou à la personne qui les a fait connaitre, certains ne sont pas traduisibles, ils seront donc simplement expliqués.

On parle par exemple de Blind Shuffle ou Blind Cut, littéralement Mélange ou Coupe aveugle  pour désigner une Fausse coupe ou un Faux mélange, c’est-à-dire une succession de mouvements qui donnent l’impression que l’on a mélangé ou coupé le paquet de cartes alors qu’il est resté exactement dans le même ordre.